1. Principes Fondamentaux du Béton Armé
Introduction au BAEL 91 mod. 99
Le règlement BAEL (Béton Armé aux États Limites) a
encadré la conception des ouvrages en béton en France pendant des décennies. Bien que
les Eurocodes (EC2) soient désormais la norme européenne de référence pour les grands
projets publics, le BAEL reste couramment utilisé pour les travaux de rénovation, les
maisons individuelles et les petits bâtiments privés en raison de sa simplicité relative
et de l'expérience accumulée par les artisans.
La Philosophie des États Limites
Le dimensionnement ne se base pas sur une rupture réelle immédiate, mais
sur des probabilités statistiques de dépassement de seuils critiques. On distingue deux
états majeurs :
ELU : État Limite Ultime (Sécurité)
Il correspond à la limite avant ruine de la structure (effondrement, basculement). C'est
un calcul de sécurité pur. On majore les charges pour couvrir les incertitudes.
Calcul : Charges permanentes G (x1.35) + Charges variables Q (x1.5).
ELS : État Limite de Service (Durabilité)
Il correspond aux conditions d'exploitation normale (fissuration, flèches excessives,
compression excessive du béton). C'est un calcul de confort et de pérennité.
Calcul : Charges non pondérées G + Q.
Logique de Fonctionnement du Matériau
Le béton armé est un mariage de raison :
- Le Béton : Excellent en compression (il porte les
charges), mais médiocre en traction (il casse très vite).
- L'Acier : Excellent en traction (il reprend les
efforts d'étirement) et ductile (il prévient avant de rompre).
L'association fonctionne grâce à deux facteurs clés : une adhérence parfaite entre les deux
matériaux et un coefficient de dilatation thermique quasi-identique, évitant les contraintes
internes lors des changements de température.
2. Calcul des Poteaux (Compression)
Le Risque Majeur : Le Flambement
Contrairement à l'intuition, un poteau ne s'écrase pas simplement sous la
charge ; il "flambe". Sous l'effet de la charge verticale, le poteau a tendance à se
courber latéralement. Cette instabilité géométrique survient bien avant que la
résistance du béton ne soit atteinte.
Le facteur clé est l'Élancement (λ). Plus un
poteau est fin et haut, plus son élancement est grand, plus il est fragile au
flambement, et plus on doit réduire sa capacité portante théorique via le coefficient de
sécurité α.
Démarche de Calcul Détaillée
Étape 1 : Longueur de Flambement (Lf)
C'est la hauteur "efficace" du poteau vis-à-vis du flambement. Elle
dépend de la manière dont le poteau est tenu à ses extrémités.
Étape 2 : L'Élancement (λ)
Pour une section rectangulaire (a × b), on calcule le rayon de
giration i. Pour simplifier, l'élancement se calcule directement :
Règle critique : Si λ > 70, le calcul classique
BAEL s'arrête. La section est trop faible, il faut augmenter les dimensions du poteau.
Étape 3 : Le Coefficient de Flambement (α)
Ce coefficient réduit la capacité portante. Il dépend de λ.
Étape 4 : La Formule Fondamentale de Résistance
La charge ultime Nu pouvant être supportée est la somme de la
résistance du
béton et de l'acier.
Dispositions Constructives (Armatures)
- Section Minimale : Le BAEL impose 4cm² d'acier par
mètre de périmètre de poteau, ou 0.2% de la section béton. C'est la condition de
non-fragilité.
- Espacement des Cadres (St) : Pour empêcher le
flambement les barres verticales, les cadres horizontaux doivent être espacés de maximum 15
fois le diamètre des barres verticales. (St ≤ 15 φL).
- Recouvrement : Les barres doivent se croiser sur une
longueur de 24 à 40 diamètres pour transmettre les efforts d'un étage à l'autre.
3. Calcul des Poutres (Flexion Simple)
Mécanique de la Flexion
Une poutre sur deux appuis soumise à une charge verticale se déforme en
"banane". La géométrie de la déformation impose que :
- La fibre supérieure raccourcit (Compression).
- La fibre inférieure s'allonge (Traction).
Puisque le béton ne résiste pas à la traction, il fissure en partie basse. Ce
sont les aciers (armatures longitudinales inférieures) qui reprennent 100% de l'effort de
traction. Le béton en partie haute reprend la compression.
Le Calcul à l'ELU (Section Rectangulaire)
On calcule le Moment fléchissant Mu (effort de flexion max). La
méthode du
"Moment Réduit" (μu) permet de déterminer rapidement si le béton seul suffit à
la
compression ou s'il faut des aciers comprimés.
Trois cas de figure :
- μu
< 0.186 (Pivot A) : L'acier travaille au
maximum, le béton est peu sollicité. Cas économique et fréquent.
- 0.186 < μu
< 0.392 (Pivot B) : Le béton et
l'acier travaillent de manière optimale. Pas besoin d'aciers comprimés.
- μu > 0.392 : Le moment est trop fort
pour la
section de béton. Il faut ajouter des aciers comprimés (en haut) pour
aider le béton, ou augmenter la hauteur de la poutre (solution préférée).
L'Effort Tranchant
Près des appuis, la poutre tend à se cisailler verticalement. Cela crée des
fissures inclinées à 45°. Les cadres et étriers (aciers transversaux)
"cousent" ces fissures. Ils sont plus resserrés près des appuis (là où l'effort tranchant
est max) et plus espacés au centre de la travée.
Poutres en T (Table de Compression)
Souvent, la poutre est coulée avec le plancher. Une partie de la dalle (la
table) participe à la résistance en compression de la poutre. Cela forme une section en T.
Si la zone comprimée reste dans l'épaisseur de la dalle, on calcule comme une poutre
rectangulaire de largeur b (largeur de table). Si la zone comprimée descend dans la
nervure, le calcul est plus complexe.
4. Les Fondations (Semelles)
Transmission au Sol
La fonction de la semelle est de répartir la charge concentrée du poteau sur
une surface de sol assez grande pour ne pas dépasser la contrainte admissible du sol
(qsol).
Smin ≥ Nu / qsol
La Méthode des Bielles
On imagine que la force se transmet par des "bielles" de béton comprimé
obliques partant du poteau vers les coins de la semelle. Cette inclinaison crée une force de
traction horizontale à la base de la semelle. Le ferraillage (nappe inférieure) sert de
tirant pour empêcher l'écartement de la semelle.
Dispositions Constructives
Pour que la méthode des bielles soit valide, la semelle doit être rigide. Sa
hauteur d doit respecter :
d ≥ (B - bpoteau) / 4
Si la semelle est trop plate (hauteur insuffisante), elle risque de casser
par flexion ou poinçonnement. Une semelle doit toujours être coulée sur un béton de
propreté (5-10cm de béton maigre) pour éviter la contamination du béton frais
par la terre.
5. Les Murs en Béton (Voiles)
Le mur en béton armé (ou voile) est un élément de structure surfacique. Son
fonctionnement mécanique diffère selon le type de charge appliquée (répartie ou ponctuelle).
A. Mur Soumis à une Charge Répartie
C'est le cas classique d'un mur supportant une dalle. Le calcul s'apparente à
celui d'un poteau, mais avec des coefficients de flambement spécifiques.
Étape 1 : Géométrie et Élançement
Si le mur est raidi à ses extrémités (par des murs de refend), la longueur de
flambement Lf est réduite. Sinon, Lf est égale à la hauteur libre.
Étape 2 : Résistance à la Compression (α)
Le coefficient α pour les murs non armés (ou faiblement armés) prend en
compte le fluage du béton :
Étape 3 : Armatures Minimales
Même si le béton suffit souvent à reprendre la compression, un ferraillage minimal
est obligatoire pour limiter la fissuration de retrait.
- Aciers Verticaux (ρv) : Espacement max = 33cm.
Ratio min ≈ 0.1% de la section horizontale.
- Aciers Horizontaux (ρh) : Assurent la couture
des fissures verticales. Ratio ≈ 50% des aciers verticaux.
B. Mur Soumis à une Charge Ponctuelle (Diffusion)
Lorsqu'une poutre repose sur un mur, la charge est concentrée. Elle se "diffuse" dans
l'épaisseur du mur selon une pente (généralement 1/3 ou 45°).
Vérification de la Pression Locale
Sous l'appui, la contrainte ne doit pas exploser le béton :
σlocal = Nu / (a × largeur_appui) ≤ fbu
Diffusion à Mi-Hauteur
On vérifie souvent la stabilité du mur à mi-hauteur, en considérant que la charge
s'est étalée sur une largeur plus grande (b + h/2).
6. Les Tirants (Traction Simple)
Le tirant travaille exclusivement en traction. Toute la résistance repose sur
l'acier.
Dimensionnement : La Priorité à l'ELS
Pour les tirants, le critère dimensionnant est presque toujours l'État Limite de
Service (ELS) pour maîtriser la fissuration. L'ELU (rupture) est rarement le facteur limitant.
Étape 1 : Calcul de la Section d'Acier (ELS)
On fixe une contrainte admissible pour l'acier (σst) afin de
limiter l'ouverture des fissures.
- Fissuration Préjudiciable (FP) : σst =
Min( 2/3 fe ; 110√(η×ft28) ) → souvent env. 250
MPa.
- Fissuration Très Préjudiciable (FTP) :
σst = Min( 1/2 fe ; 90√(η×ft28) )
→ souvent env. 200 MPa.
Aser = Nser / σst
Étape 2 : Vérification à l'ELU
On vérifie que cette section résiste aussi à la charge ultime majoreé (1.35G +
1.5Q).
Au = Nu / (fe / 1.15)
La section retenue est Max(Aser , Au).
Étape 3 : Condition de Non-Fragilité
C'est une condition de sécurité absolue. Elle garantit que l'acier ne rompra pas
brutalement au moment où le béton craquera.
Si l'acier calculé précédemment est inférieur à ce Amin, on doit
adopter Amin.